La Révolte des premiers de la classe

Ce n’est pas le premier blog que je commence et peut-être pas non plus le dernier.

J’avais déjà testé mon âme de blogueuse auparavant, avec un autre blog axé sur l’environnement. Mais je me suis vite rendue compte que ça me demandait beaucoup trop de temps et d’énergie, pour finalement me contenter de collecter des informations et de les restituer à ma façon à une audience très limitée.

J’espère que ce blog sera différent. Il faudra beaucoup de temps pour élargir l’audience, j’en suis consciente, mais je compte bien m’éviter les longues heures de recherches, et plutôt vous partagez mes idées, mes humeurs et mes inspirations au fil de l’eau.

Et on va vite rentrer dans le coeur du sujet, avec ce premier article dédié à un livre que j’ai acheté cet après-midi et qui s’appelle La révolte des premiers de la classe, de Jean-Laurent Cassely.

J’avais entendu parlé de ce livre, en lisant une interview de l’auteur dans Le Monde, il y a quelques jours. Et je me suis tellement reconnue dans le sujet que j’ai profité de ce week-end pour filer à la librairie me l’acheter.

Alors, de quoi ça parle? Eh bien ça parle de cette minorité de personnes surdiplômées de ma génération (Génération Y, Millenials, Digital Natives, etc.) qui sont empêtrés dans ce que l’on appelle maintenant des « jobs à la con » et qui ont décidé de tout plaquer pour se consacrer à autre chose, notamment dans le domaine de l’artisanat (pâtissier, boulanger, fromager, mécanicien et j’en passe…)

D’abord, qu’est-ce qu’un job à la con? Un job à la con, c’est un job que tu dois expliquer en une phrase entière pour qu’on sache ce que tu fais vraiment de tes journées. Si tous ceux qui font le même métier que toi s’arrêtaient de travailler, il ne se passerait à peu près rien. C’est très souvent un de ces jobs que l’on trouve dans les bureaux des grandes entreprises, dans ce que l’on a joliment appelé les « fonctions support » : contrôle de gestion, ressources humaines, juridique, logistique, achats, comptabilité, finance, marketing, etc.

Le problème de ces jobs à la con, c’est que les gens qui les exercent ont l’impression de ne servir à rien d’autre qu’à engraisser les actionnaires. Ils sont tellement éloignés de la réalité des produits et des services que leur entreprise propose, qu’ils ne savent pas pourquoi ils travaillent. Et bien souvent, leur journée se résume à faire de l’administratif derrière un écran d’ordinateur en répondant sans cesse à des mails qui s’accumulent.

Je suis assez partiale dans ma description, probablement parce que j’ai l’impression que ce livre parle de moi et de tellement d’autres personnes dans mon entourage. Et, quelque part, je me sens prisonnière de cette génération. On est tellement à être bardés de diplômes que, bien que cadre supérieur, on est bien loin des conditions de travail de nos parents, à catégorie socio-professionnelle égale. Et le souci, c’est que pendant toutes nos études on nous a fait miroiter de belles responsabilités, des carrières passionnantes. Du coup, quand on se retrouve dans un job « standard » où tout est hiérarchisé et où il y a autant d’échelons que de nom de bullshit jobs, on comprend vite que les responsabilités ce sera pas pour tout de suite, et surcout, qu’elles seront très limitées.

C’est pourquoi beaucoup d’entre nous franchissent le pas et opèrent une reconversion radicale. Boucher, pâtissier, mécanicien, fromager, ébéniste… L’idée est de retourner à du concret, redonner du sens à son travail. Combien de fois je me suis dit (et je me dis encore) que je serais tellement mieux chez moi à faire de la cuisine, du jardin, de la couture… plutôt qu’à répondre à mes 50 mails par jour dans un open space impersonnel où tout le monde est tellement sous pression qu’on se croirait dans les coulisses d’un combat de chiens.

L’autre jour, à la cantine, j’ai surpris une de ces discussions de mes collègues quinquagénaires qui se plaignaient que « les jeunes ne sont plus fidèles », « tu les forme et eux ils s’en vont dans une autre boîte », « à notre époque, on s’estimait heureux d’avoir cette chance », pour résumer on est tous des ingrats. Alors je me suis sentie obligée d’intervenir : à leur époque, les entreprises étaient gérées par les mec qui en portaient le nom. C’était une époque ou les patrons étaient des vrais patrons bien paternalistes, qui passaient dans les bureaux saluer tout le monde, même les petites gens. Qui leur offraient des actions à Noël. Qui insufflaient la motivation à leurs équipes, simplement parce qu’ils avaient bâtis leur empire à la sueur de leur front. Qui permettaient de passer d’ouvrier spécialisé à cadre supérieur. Moi aussi j’aurais été loyale dans ces cas-là.

Sauf que moi, ma réalité c’est : « tu étais une super apprentie, on aurait bien aimé t’embaucher mais tu sais, avec le plan de départ volontaires, on est limité » ou encore « On est très content de toi, on te propose un poste, par contre c’est à moitié pas ton domaine et ce sera à Athis de l’Orne » Ou encore « désolé tu n’auras pas ton bonus, il fallait faire -3% et tu es à -2,5… » Les personnes de ma génération, on a grandi dans les crises économiques successives, le chômage de masse, le recul de l’âge de la retraite… On sait que le chômage on y passera obligatoirement et qu’au contraire la retraite on n’en verra jamais la couleur. On sait qu’on est tellement à être diplômés que si on ne convient plus, il y en a 1000 autres à la sortie qui attendent que tu libères la place.

Donc effectivement, dans ces conditions, nous aussi on zappe d’entreprise. On n’a plus peur du chômage, on est prêt à prendre des risques. On est prêt à sacrifier une partie de notre salaire et de notre confort pour redonner du sens à notre vie!

Je n’ai pas encore fini le livre mais j’ai dévoré les trois premiers chapitres avec entrain! D’ailleurs, je me demande combien de temps encore avant que moi aussi je ne saute le pas…