Réduire ses déchets, sans prise de tête (ou presque) !

La semaine dernière, je suis arrivé au bureau pour découvrir que toutes les poubelles individuelles avaient disparu pendant le week-end pour être remplacées par des bacs de tri sélectif. Notre site est en pleine certification ISO 14001 et la gestion des déchets en est un point central. Une fois la stupeur de la découverte passée, je me suis dit que c’était une étape en plus vers un mode de vie moins générateur de déchets et que je devais m’estimer heureuse de travailler dans une entreprise qui a à cœur ce genre de sujet! Et puis je me suis dit que c’était l’occasion de partager avec vous mes pratiques dans le domaine! Le tout sans trop de prise de tête!

A ce stade, je présume que vous avez tous entendu parler de Bea Johnson, la reine du Zéro Déchets, qui fait tenir les déchets de son mari et de ses 2 enfants dans un bocal d’un litre. Inspirant, mais quelques peu démotivant quand on s’imagine les efforts à fournir pour y parvenir… Si vous ne connaissez pas Bea Johnson, je vous conseille tout de même de lire son ouvrage!

Mais tout comme Rome ne s’est pas faite en un jour, le zéro déchet se construit au fil du temps! Et non, il ne s’agit pas d’être parfait et irréprochable. Pour ceux qui connaissent la métaphore du mouvement des Colibris (de Pierre Rahbi), il s’agit plutôt que chacun fasse sa part. Si le colibri est le seul à éssayer d’éteindre un incendie avec son tout petit bec rempli d’eau, il n’ira pas loin c’est sur. Mais il aura au moins fait son dû et peut-être inspiré d’autres animaux à en faire de même!

Pour bien commencer : analyser ses poubelles

Maintenant que l’on a posé le sujet, comment s’y prend-on? Comment réduire ses déchets au quotidien?

En fait c’est une question de bon sens et de bonnes habitudes. Il n’y a pas de science du zéro déchet, juste une meilleure manière de consommer! Cependant, un bon point de départ, c’est de comprendre d’où viennent vos déchets. Pour cela, il suffit d’analyser le contenu de votre poubelle pendant une semaine, vous en aurez une idée assez précise. 

Pour moi, et comme pour beaucoup d’autres français, la majeure partie des déchets provient de la cuisine (emballages, épluchures, produits périmés, etc.) Vient ensuite l’entretien de la maison (produits d’entretien, litière du chat, filtre d’aspirateur, ampoule, etc.) puis la salle de bain (bouteilles vides, rouleau de papier toilettes, coton, hygiène féminine) et enfin le reste (papier cadeau, stylo usé, étiquettes de vêtement, ticket de caisse, etc. Etc. ETC.)

LA CUISINE

1 – Les vers de terre : vos futurs meilleurs amis

Commençons par le commencement : la cuisine! Et là, je vais envoyer du lourd! On va mettre les pieds dans le plat, sans mauvais jeu de mot!

En effet, la première chose à faire pour réduire ses déchets de cuisine, c’est encore de les valoriser! Et comment valorise-t-on des épluchures et des restes alimentaires? En en faisant du…? Du compost eh oui! Et là vous allez me dire « Ouais mais il faut un jardin pour avoir un bac à compost ». Eh bien détrompez-vous petits sacripants! Aujourd’hui, je vis dans 40m2 et je fais du compost, eh oui! Comment? Eh bien avec mes amis les vers pardit!

Je vous l’accorde ça peut paraître un peu flippant comme ça mais c’est moins compliqué qu’il n’y paraît. 

Ce lombricomposteur, je l’ai eu pour 45€ avec l’aide de ma ville (Annecy). Il se compose d’un bac récupérateur, de 3 étages et d’un couvercle. Le bac récupérateur forme le fond du composteur et permet de recueillir le surplus d’humidité, sous forme de « thé de vers », c’est à dire un engrais naturel à diluer pour arroser vos plantes. Vous disposez ensuite un premier étage dans lequel vous disposerez les vers que vous avez commandé à réception de votre bac. Il faut les mélanger avec un peu de terreau pour qu’ils se sentent bien. Bon, pendant 2-3 jours, ils auront peut-être envie de s’échapper et il n’est pas impossible que vous en retrouviez sur le carrelage de la cuisine en vous levant le matin! Mais passez cette période d’acclimatation, ils seront sages comme des images, sauf si leur environnement se dérègle.

Pour conserver un bon équilibre, il faut éviter un milieu trop sec ou trop humide. Pour se faire, rien de plus simple, il suffit de leur donner 2/3 de matière azotée (épluchures, herbes, déchets de jardinage) et 1/3 de matière carbonée (boite a œuf, rouleau de papier toilette, sachet en papier, essuie-tout, etc.) et de rajouter régulièrement des coquilles d’œuf pour réguler l’acidité. En ouvrant le bac, il doit y avoir de la condensation mais l’eau ne doit pas ruisseler. Et ça doit sentir bon la terre fraîche, pas la pourriture…

Comme vous le voyez, on peut valoriser beaucoup de déchets de tous les jours avec un lombricomposteur. Par contre ATTENTION à ne pas leur donner de produits animaux (viandes, poisson, laitages) ni de reste de nourriture trop grasse. De même les épluchures d’agrumes et d’ail/oignon/échalote/etc sont proscrites, l’une trop acide, l’autre vermifuge!!!

Quand votre bac est plein au 2/3, vous pouvez en ajouter un 2ème, etc. Quand tous les bacs,sont pleins, il suffit de mettre au dessus celui qui est en dessous puis de le laisser  à la lumière, sans couvercleà pour faire fuir les vers vers le bas. Vous aurez ensuite un compost bien riche et aéré pour rempoter vos plantes et faire votre potager!

2 – Passer au vrac

Pour le reste des déchets de cuisine, il n’y a pas 36 solutions, il faut passer au vrac! Mais il y a quand même quelques astuces pour vous faciliter la tâche.

2-1 Éviter les plats préparés

Ce sont des mines à déchets : barquette plastique, boite de conserve, emballage carton, paquets de gâteau, etc.  Le mieux c’est encore de faire soi-même un maximum de choses! Je peux comprendre que certaines personnes aient un mode de vie où les plats préparés sont un vrai gain de temps. Mais il faut essayer de penser intelligemment ces choix. Exemple : les carottes râpées en terme de déchets, il vaut mieux râper soi-même ses carottes que de jeter une barquette. Autre exemple les biscuits : il vaut mieux passer un bon moment avec ses enfants à préparer des gâteaux que d’acheter un paquet tout préparé. 

2-2 Faire le marché

Une chose à éviter par dessus tout, les fruits et légumes emballés! C’est une hérésie complète! A l’heure où la législation française vient de changer les sachets plastiques des rayons fruits et légumes pour des sachets biodégradables, à quoi bon acheter une barquette de tomates sous blister? Autant aller faire son marché avec un bon vieux panier en osier et acheter ce que vous souhaitez, dans la bonne quantité. Si vous n’avez pas accès à un marché, de nombreuses enseignes, petites ou grandes, sont sur le créneau des beaux fruits et légumes (Grand frais, Cerise et Potiron, etc.) Sinon votre supermarché habituel doit disposer d’un rayon fruits et légumes en vrac! Mais s’il vous plait, pas d’emballage sur les fruits et légumes, c’est peut-être le plus simple à éviter.

Le marché a aussi l’avantage de réunir des commerçants plus ouverts au fait que vous veniez avec votre boite en plastique pour acheter des steak hâchés, un fromage ou du poisson. Vous n’essuierez pas les refus des personnes qui vous servent à la coupe chez Carrefour et refuse de vous mettre un bout de Comté dans votre boite parce que c’est « pas hygiénique »…

2-3 Cherchez les bons endroits

J’ai la chance d’avoir un Biocoop à proximité qui me permet d’acheter certaines choses en vrac : pâtes, lentilles, amandes, muesli etc. J’ai aussi un distributeur de lait de ferme dans lequel je peux remplir ma propre bouteille qui me sert à faire mes propres yaourts. Mais soyons honnêtes, ce n’est pas encore mon point fort et j’utilise encore beaucoup d’emballages… Dans les grandes villes, vous trouverez de plus en plus souvent des épiceries spécialisées dans le zéro déchet. L’un des fers de lance de ce domaine, c’est la chaîne Day by Day qui dispose d’une trentaine de magasins en France. Du côté de chez moi, c’est l’épicerie Le Local qui remplie ce rôle avec, à la fois des produits sans emballages et des produits locaux. 

Et pour finir, si vous devez choisir un produit avec emballage, privilégiez un emballage en verre, en carton ou en métal, plus facile à recycler

3- Privilégier les emballages réutilisables

Passons maintenant aux produits d’entretien! Là aussi, il s’agit surtout de réduire les emballages ainsi que les produits jetables. 

Pour les emballages, mon meilleur ami c’est Biocoop, qui permet d’avoir sa lessive, son liquide vaisselle et son nettoyant multi-surface en bidon réutilisable, à re-remplir en magasin. J’ai bien essayé de fabriquer mes produits moi-même mais je trouve les recettes moins efficaces et ça requiert un peu d’organisation. Ce sera peut-être à étudier dans une prochaine étape.

4 – Éviter le jetable et passer au lavable

Pour les produits jetables, j’ai opté pour le lavable : chiffon dépoussiérant, chiffon microfibre pour les vitres, bonne vieille serpillère à laver à 60°C (ou pas, c’est pas écolo). Il me manquait tout de même les éponges qui restaient jaune et verte puis grisâtres avant de passer à  la poubelle. C’était sans compter sur la nouvelle tendance du Créative Bubble, ce nouveau fil qui permet de crocheter ses éponges soi-même (en l’occurrence c’est ma sœur qui s’en est chargé pour moi, je suis une quille au crochet). Donc grâce à ma sœur, j’ai maintenant cette magnifique éponge en étoile, qui nettoie super bien! Une fois trop sale, elle se nettoie en machine à 60°C (ou pas, c’est toujours pas écolo) et c’est reparti pour un tour!

LA SALLE DE BAIN

Attelons-nous maintenant au vaste sujet de la salle de bain. Comme je l’ai mentionné plus tôt, les rouleaux de papiers ne sont plus un déchet, il finissent dans mon composteur. Pour ce qui est des cotons et/ou lingettes, il est assez facile de les remplacer par des lingettes lavables que vous pouvez acheter ou fabriquer avec de vieux vêtements et de vieilles serviettes de bain. 

5 – Passer aux cosmétiques solides

Pour les cosmétiques, pas le choix, il faut passer aux cosmétiques solides. Heureusement pour vous, plusieurs marques se sont mises à proposer des cosmétiques solides. Beaucoup se trouvent dans les magasins bio ou sur internet. Dans les marques les plus connues, je citerais Lamazuna pour le bio et Lush pour le non bio. Ma préférence va pour Lush, je suis une grande fan depuis presque 10 ans de cette marque. Aujourd’hui ils proposent shampoing, après-shampoing, gel douche/savon, dentifrice, sérum pour le visage, déodorant, nettoyant visage… tous ça en solide! Sans compter le choix hyper varié en bain moussant et autres « bombes » de bain parfumées qui prennent soin de votre peau. Pour le reste, tous les cosmétiques fournies en pot noir génèrent peu de déchets, dans la mesure où les pots peuvent être redonnés en magasin ou par courrier et réutilisés par l’entreprise. 

6 – Le cas des protections périodiques

Le dernier sujet « salle de bain » qui génère beaucoup de déchets, c’est le monde, ô combien mystérieux, de la protection féminine/hygiénique/périodique appelez ça comme vous voulez. Bref les serviettes et autres tampons sont un nid à déchet quasi infini. Imaginez, une boite de tampon par mois et par femme (pubère et non ménopausée, faut-il le préciser?) autour de vous! Et pourtant, il existe plusieurs solutions! Vous pouvez par exemple utiliser des serviettes lavables, ou des éponges spécialement prévues à cet effet. Doit-on encore présenter la fameuse Mooncup, cette petite coupe menstruelle en silicone médicale? Mais bon, nous parlons d’un sujet très personnel ici et chacune doit pouvoir se faire sa propre opinion et choisir la solution qui lui convient. Encore une fois, on ne peut pas être parfait, surtout pas dès le premier coup!

LE RESTE

C’est peut-être le plus dur dans la quête d’une vie zéro déchets : traquer et éliminer les déchets occasionnels : papier cadeau, stylo usagé, ampoule, étiquette de vêtement, papier de bonbon,etc. C’est l’accomplissement de toute une vie que d’arriver au stade où votre mode de vie ne génère même plus ce genre de déchets. Mais cela demande une discipline de fer, et surtout, vous oblige à sortir des conventions sociales adoptées par le plus grand nombre. Une paille dans votre verre au restaurant? Non Monsieur! Un bonbon pour votre enfant? Non plus! Le cadeau de la petite dernière? Sans emballage s’il vous plait (adieu jouets en plastique sous blister et polystyrène).Personnellement je suis encore loin de tout ça… Et quelque part, j’admire les personnes qui arrivent à s’engager pour cette cause et atteignent d’aussi bons résultats que Bea Johnson ou la famille zéro déchets. Mais pour l’instant, j’essaie déjà de faire ma part, de réduire ce qui est facile à réduire et de ne pas trop me prendre la tête. Quand tout ce que je fait actuellement deviendra une habitude, je pourrais intégrer un échelon supplémentaire à ma quête du zéro déchet. Mais honnêtement, je pense que tant que les entreprises de l’agro-alimentaire et des produits de grande consommation n’auront pas pris en compte ce sujet, il sera toujours compliqué d’avoir un mode de vie complètement zéro déchets.

Et vous, quelles sont vos astuces pour réduire vos déchets au quotidien?